Notre campagne européenne – Hélène Bidard présentait le rapport introductif au dernier CN.

Extraits de son intervention où il est question de la nouvelle étape de la campagne. Dans le prochain numéro nous reviendrons sur le rapport de Christian Picquet et la question du programme.

Nous sommes désormais à environ dix semaines du scrutin. Le pouvoir voudrait bien éloigner une partie de nos concitoyens des urnes et certaines forces entretiennent des fausses informations sur la nature de l’élection.

À l’heure d’engager une nouvelle étape de notre campagne, il faut avant tout faire la clarté sur les enjeux du scrutin.

Premièrement, réaffirmons-le, il n’y a pas de prétendu « vote utile » aux élections européennes. Le seul vote utile, c’est le vote pour ses idées. Il faut le dire et redire : c’est une élection à un tour et à la proportionnelle, en ce sens d’ailleurs, et paradoxalement, c’est une élection plus démocratique que d’autres ! Le sujet démocratique de ces élections, c’est ce seuil de 5 % qui n’existe pas dans d’autres pays. Mais pour le reste, c’est un scrutin proportionnel, de liste paritaire à un tour, c’est-à-dire le type de scrutin en réalité parmi les plus démocratiques.

Deuxièmement, le Parlement européen est une instance qui a du pouvoir, il en exerce trois précisément : il adopte la législation de l’UE, conjointement avec le Conseil de l’UE, sur la base de propositions de la Commission européenne. Cela signifie qu’aucune directive de libéralisation ne peut être adoptée sans qu’il la ratifie ! Il peut modifier ou rejeter le projet de budget présenté par la Commission européenne. Il approuve - ou non - la composition de la Commission dans son ensemble. Surtout, 60 à 70 % de ce qui est voté à l’Assemblée nationale et au Sénat est issu des discussions au Parlement européen. Alors que tout est fait pour éloigner le peuple de ce lieu de décisions, nous devons au contraire y faire élire des député·es communistes, qui dévoileront les responsables des politiques austéritaires, des député·es qui ouvriront la porte de cette institution au peuple et qui seront le relais des luttes.

Troisièmement, au Parlement européen on fait de la politique, ce n’est pas juste une administration qui déciderait seule. Au Parlement européen on fait des choix. Et aujourd’hui ces choix ne nous vont pas !

Dans les difficultés que nous rencontrons dans la mise en campagne, une difficulté majeure vient à mon sens du rapport des camarades. Certains ne se sentent pas toujours à l’aise, d’autres franchement en colère contre l’Europe n’arrivent pas à développer un contre-projet pour les peuples européens, beaucoup ne se sentent pas légitimes et demandent des formations. Pourquoi finalement ce sentiment, qui me semble-t-il est moindre lorsque nous partons en campagne pour les élections législatives ou même sénatoriales, alors que ces institutions ne sont pas plus favorables au peuple ?

La raison de ce malaise vient de la perte de souveraineté du peuple français sur la construction européenne qui nous impacte comme l’ensemble des Français, ce que Léon a résumé au JT de France 2 en disant : « La construction européenne est une fraude démocratique. »

 

[…] La construction européenne s’est donc accompagnée d’un affaiblissement du rôle des Parlements nationaux. La primauté du droit européen sur la loi est désormais assurée par les juges, tandis que la politique monétaire et budgétaire a été soit transférée, soit sévèrement encadrée. Cette situation est aggravée en France par les déséquilibres institutionnels inhérents à la Ve République. Il résulte de ce dispositif que le Parlement français ne pèse pas dans le travail législatif européen et que son pouvoir budgétaire est désormais considérablement encadré, contribuant au sentiment d’un désenchantement démocratique. Le choix des autorités françaises de faire approuver le Traité de Lisbonne par le Parlement, trois ans après le rejet du Traité établissant une constitution pour l’Europe, alors même que leur contenu était quasiment identique, a par ailleurs aggravé les fractures de l’opinion vis-à-vis du projet européen.

Il s’agit donc bien pour nous de retrouver la voie de la campagne de 2005 contre le TCE, de reprendre les chemins d’une campagne, tout à la fois d’éducation populaire et de mouvement social, comme en 2005 : NON à l’Europe capitaliste qui écrase les peuples, mais OUI au progrès et aux coopérations utiles aux peuples : c’est cette vision que nous voulons porter aux élections européennes le 9 juin 2024.

Face à la technostructure qui renforce l’euroscepticisme, voilà précisément pourquoi notre campagne est si importante pour la souveraineté du peuple, en France et en Europe.

C’est pourquoi nous avons décidé de construire une liste d’une gauche unie pour le monde du travail, large, rassemblant toutes celles et tous ceux qui partagent nos valeurs et nos propositions. Une liste conduite par notre camarade Léon Deffontaines, dont je sais, dont vous savez le bon début de campagne qu’il mène avec l’ensemble des camarades en dynamique.

Oui, changer le cours des choses est possible à condition d’une souveraineté démocratique nouvelle permettant de reprendre la main sur les choix européens. C’est pourquoi dans le programme, nous proposons, entre autres, de « Réviser la procédure législative européenne afin d’associer les Parlements nationaux à l’élaboration des directives et règlements européens en amont de leur adoption par le Conseil et le Parlement européen ». Oui, portons l’idée que l’exécutif français ne puisse plus aller à Bruxelles sans un mandat du peuple, a priori et a posteriori.

Contre l’avis des peuples, exprimé clairement en 2005 en France, les institutions européennes, avec la complicité active des gouvernements des États membres, avec celle du gouvernement français, se sont mises au service d’une dynamique mortifère et en ont sanctuarisé, dans les traités, la logique délétère, contre la souveraineté des peuples, contre les droits sociaux.

Nous pouvons mener des combats et les gagner même au Parlement européen, tout autant qu’à l’Assemblée nationale ou au Sénat, sans attendre un grand soir. Nous sommes mille fois légitimes. Il nous faut en tant que direction nationale combattre ce sentiment d’illégitimité organisé par les tenants de l’Europe fédérale et libérale.

 

Nous sommes légitimes et attendus en Europe

Un mot d’exemple sur le fait que nous sommes attendus par nombre de nos camarades du Parti de la gauche européenne. Frédéric Boccara, Vincent Boulet et moi-même avons ?uvré au sein du PGE pour l’élaboration d’un manifeste électoral commun avec ses partis membres, dont le PCF, mettant l’accent sur les services publics, le coût de la vie et les droits sociaux, mais aussi sur l’enjeu de la paix et de lutte contre le réchauffement climatique.

Cette élection intervient dans une situation compliquée pour le PGE, marquée par ricochet par la crise démocratique en Europe et les crises existentielles en cours au sein de nombreux partis de gauche en Europe, telles que celles vécues par Syriza en Grèce ou Die Linke en Allemagne… conséquences de crises démocratiques et économiques plus larges qui traverse toute l’Europe.

Les partis membres du PGE se sont réunis en assemblée générale à Ljubljana en Slovénie, le 24 février 2024, et malgré des pressions et coups de boutoirs, les partis membres sont restés unis autour de combats communs avec un manifeste commun voté, c’est-à-dire une plateforme commune de propositions entre l’ensemble des partis membres, pas seulement en opposition mais aussi et surtout en propositions alternatives pour les peuples européens.

Nous nous distinguons par notre lutte à la fois contre les traités et directives libéraux et par la proposition d’un contre-projet européen, basé sur la coopération entre peuples européens, libres et associés, loin des nationalismes.

Nos partis sont enracinés dans la lutte contre le fascisme et la guerre. Les forces antifascistes et de gauche doivent construire une coopération internationale pour soutenir et populariser cette vision, et pour rejeter l’anticommunisme croissant qui va de pair avec la montée de l’extrême droite.

Les partis membres du PGE croient en une Europe capable de faire des choix politiques différents, mettant fin aux politiques économiques libérales, prédatrices, et favorisant la coopération et la paix. L’économie de guerre, sous fond d’impérialisme, se met en place partout en Union européenne.

 

Une belle liste de la Gauche unie pour le monde du travail

Nous avions un mandat issu du congrès du PCF à Marseille : « Élaborer une proposition politique de gauche et de transformation sociale en Europe. Mettre en avant un projet original communiste, pour une Europe plus juste, durable, solidaire, protectrice, féministe… Lutter contre l’abstention et mobiliser largement le monde du travail dans sa diversité et les couches populaires. »

Nous voulons mobiliser le peuple de gauche qui a dit NON en 2005 au traité constitutionnel européen.

Toutes celles et tous ceux qui se sont mobilisés contre la réforme des retraites, celles et ceux qui subissent l’inflation élevée depuis deux ans, celles et ceux qui vont payer la politique d’austérité du pouvoir qui vient d’annoncer un nouveau plan d’austérité de 25 milliards d’euros, toutes et tous doivent pouvoir trouver un débouché à leur colère.

Tous les représentants de ces salariés, les syndicalistes du public comme du privé, qui se battent depuis des années contre la casse des services publics et les délocalisations doivent pouvoir trouver dans notre liste un débouché à leurs luttes.

Le second enjeu que je veux pointer, deux semaines après un 8 Mars offensif, c’est le vote des femmes, alors que main dans la main capitalisme et patriarcat tirent profit de la dévalorisation des femmes et de leur travail. Les femmes doivent se retrouver dans une liste qui porte des propositions radicales pour combattre les politiques patriarcales et capitalistes.

Les mouvements féministes doivent pouvoir se retrouver dans notre projet politique pour faire progresser les droits des femmes en France et en Europe.

Nous voulons aussi mobiliser les habitantes et les habitants de ces territoires de notre pays qui ont voté NON dans les quartiers populaires de nos villes et dans nos villages, ces territoires qui vivent le recul des services publics, dans lesquels des milliers d’élus locaux, parmi lesquels de nombreux élus communistes, se mobilisent quotidiennement pour le respect et la dignité de la population de leur collectivité.

Nous voulons aussi rassembler les Français dans la lutte contre le réchauffement climatique en portant, je l’ai dit, une écologie rationnelle et populaire qui n’oppose pas fin du monde et fin du mois.

Nous voulons mobiliser la jeunesse et comme plusieurs sondages l’indiquent, nous avons commencé à marquer des points chez les 18-34 ans. Comme l’a montré Stéphane Bonnery, si cela se confirme, c’est essentiel pour la suite. Le poids numérique de cette génération va peser : ce qu’elle aura en tête va prédominer dans la société. Et c’est aussi décisif pour pérenniser le maillage territorial de notre organisation.

Pour aller à la conquête de tous ces Français dans la campagne électorale, notre liste constitue un atout important.

Elle comporte un tiers de dirigeant·es, d’élu·es, de militant·es communistes, un tiers de responsables et de représentants d’autres forces politiques, la Gauche républicaine et socialiste, l’Engagement, les radicaux de gauche et un tiers de représentants, représentantes du monde du travail.

Les adhérent·es du Parti l’ont massivement approuvée lors du vote de début mars et l’on peut saluer, au-delà du résultat lui-même, une large participation, la plus importante parmi toutes les forces de gauche pour un tel vote à l’urne. 23 375 adhérent·es ont pris part au vote. 23 197 se sont exprimés. Plus de 92 % (92,79 %, soit 21 524 votant·es) ont approuvé la proposition de notre direction nationale.

L’exécutif national du 8 avril finalisera comme prévu la liste selon le résultat des discussions qui se poursuivent avec nos partenaires potentiels et sur les profils les plus intéressants pour atteindre nos objectifs politiques.

 

L’heure est à amplifier notre campagne de terrain.

Programmons des initiatives publiques pour faire connaître notre liste et surtout multiplions les initiatives de proximité au porte-à-porte, aux portes des entreprises, des supermarchés et sur les marchés.

Dans tous les départements, à partir des objectifs de voix, ciblons les bureaux de vote où nous avons le plus fort potentiel électoral, ceux où Fabien Roussel à la présidentielle et Ian Brossat aux dernières européennes ont réalisé les meilleurs scores et faisons signer des appels à voter.

Partout, mettons en place des comités de soutien et mobilisons nos élu·es locaux pour qu’ils et elles s’adressent à la population.

Léon commence à gagner en notoriété et nous avons de très bons retours de notre campagne sur le terrain.

Faisons aussi connaître les autres candidats et candidates de notre liste, les militants et responsables syndicaux dont la présence sur la liste et le combat syndical doit nous permettre de rayonner dans de nombreux secteurs professionnels ainsi que les représentants des autres forces politiques dans notre campagne.

Il nous reste un peu plus de 10 semaines.

Avec cette liste, avec les travailleuses et travailleurs et les élu·es qui partagent notre ambition, nous avons toutes les chances de rentrer au Parlement européen, d’être une délégation nombreuse de député·es offensifs pour faire entendre en Europe la voix de la France, la voix des salarié·es du peuple du NON.

Engageons-nous à fond dans cette campagne pour faire progresser notre projet d’une tout autre construction européenne, une union de peuples libres, souverains et associés pour des coopérations sur la base de projets partagés, utiles aux peuples européens.

Article publié dans CommunisteS, n°989, 27 mars 2024.