Reprendre la main sur l’industrie du médicament en France et en Europe

La pandémie Covid-19 a révélé la nécessité de reprendre le pouvoir en Europe sur les questions du médicament.    Ainsi, l’incapacité des grandes compagnies pharmaceutiques à réaliser les partages de technologies et les coopérations nécessaires ont expliqué les difficultés initiales d’approvisionnement en vaccin.    Les prix des vaccins à ARN ont été imposés aux États et ont permis des profits scandaleux (près de 34 milliards de dollars en 2021, soit 1 000 dollars par seconde selon OXFAM) alors que la mise au point de ces vaccins a largement bénéficié de plusieurs milliards d’investissements publics aux étapes initiales.   

La situation est similaire dans le domaine des nouveaux médicaments, comme les nouveaux anticancéreux, dont les prix exorbitants sont totalement déconnectés des coûts de recherche et développement(R&D) et de production et mettent sous tension les systèmes de protection sociale, avec le risque de menace au final à l’accès aux innovations. Ainsi, il est maintenant fréquent de trouver des nouveaux médicaments anticancéreux dont le prix dépasse 50 000 à 80 000 euros par an. Une approche révolutionnaire de thérapie cellulaire utilisée dans certains cancers hématologiques (CAR-T cells) coûte même plus de 300 000 euros par patient. Le Zolgensma, destiné à soigner l’amyotrophie spinale, coûte deux millions d’euros pour une seule injection, alors qu’il a été mis au point par des équipes du Généthon, financés avec de l’argent public et grâce au Téléthon.

Les pénuries de médicaments se poursuivent. Selon l’ANSM, plus de 3 700 ruptures ou risques de ruptures de médicaments ont été signalées sur le sol français en 2022, contre moins de 200 en 2012. Ces pénuries sont liées :

  • Aux arrêts de commercialisation décidés par les compagnies pharmaceutiques en raison du peu d’intérêt pour certains médicaments, anciens et peu rentables mais pourtant indispensables aux malades ;
  • Aux difficultés d’approvisionnement en principes actifs, en rapport direct avec l’externalisation et la fragmentation croissante de la production (40 % des médicaments commercialisés dans l’UE proviennent de pays extra-communautaires et 80 % des fabricants de principes actifs sont basés hors-UE) ;
  • La production des médicaments se réalise à flux tendu avec un minimum de stock ne permettant pas de faire face à une hausse inattendue de la demande ou à un problème sur la chaine de fabrication.

En France, Sanofi a reçu près d’1.5 milliard d’aides publiques en 10 ans, mais des milliers d’emplois ont été détruits, des usines délocalisées, la recherche démantelée, et toujours plus de dividendes ont été versés aux actionnaires (plus de 4 milliards en 2022). Récemment, Sanofi a annoncé sa volonté de se désinvestir de la production du paracétamol, motivant l’inquiétude et la colère des salariés du site de production de Lisieux que Léon Deffontaines, tête de liste du PCF aux élections européennes, rencontrera le 25 Janvier 2024.

Pour reprendre la main dans ce domaine, la liste conduite par Léon Deffontaines propose la nationalisation/socialisation d’une grande entreprise pharmaceutique française comme Sanofi et la mise en place d’un pôle public de la recherche, de la production et de la distribution du médicament, au niveau national et européen. Il s’agit de restaurer la souveraineté populaire sur le médicament et de construire l’Europe sociale de la Solidarité et de la Santé, qui doit être un bien commun et non une marchandise négociable entre des individus et les fournisseurs sur un marché commercial.

Anthony Goncalves

membre du CN